Pendant ma meilleure période Fisher Technics, je devais aller au lycée. Et en Terminale, il fallait une calculatrice. Ma mère étant un peu radin, j'ai obtenu une Texas Instrument 57. TI57 pour
les intimes. Légère, elle avait un afficheur à diodes LED rouges. Un clavier peu agréable. Elle faisait un peu "toc". Mais elle était programmable.
Une programmation rudimentaire. 49 pas de programme. Et 7 mémoires. Chaque mémoire utilisée était un pas de programme en moins. Vous utilisiez 5 mémoires, et vous n'aviez plus que 43 pas de
programme.
Pour accéder à la programmation, il suffisait d'appuyer sur le bouton PROG. L'écran passait alors a deux fois deux chiffres, a gauche l'instruction, a droite le paramètre de l'instruction. Entrer
les programmes était plutôt facile. Il n'y avait évidemment pas de fonction évoluée d'édition. On pouvait se balader de pas de programme en pas de programme, et les effacer. Pas de possibilité
d'éditer quoi que ce soit.
Un programme doit comprendre des sauts ou des boucles. Pour les sauts, vous aviez l'instruction GOTO (GTO sur le clavier). Pour faire un goto, il fallait auparavant définir un label. Un label
prenait la place d'une instruction dans la liste du programme. Une fois le label défini, il suffisait ensuite de faire le GTO.
Un programme a besoin de tests, et de branchements décisionnels. Vous aviez donc la possibilité de faire des tests. Si le test était vrai, l'instruction qui suivait le test le test était
exécutée. En général un GTO. Sinon, le programme sautait à l'instruction après la suivante (je ne sais pas si vous me suivez : on saute à l'instruction deux pas plus loin).
Une programmation réellement spaghetti, avec plein de GOTO partout. Mais à l'époque cela semblait vraiment très efficace et puissant.
49 pas de programme. Moins si on utilise des mémoires. Ce n'est vraiment pas beaucoup. Un tout petit "bac à sable"' pour les programmeurs en herbe, dont j'étais.
Mes premiers programmes furent très simples. J'ai évidemment commencé par faire des programmes en relation avec mon cours de mathématique. Des fonctions "qui tendent" vers une valeur, pour vérifier
la véracité du cours de math. Des sinus et des cosinus.
Mais rapidement, je me suis mis a programmer des jeux. Le premier jeu fut le merveilleux jeu de "c'est plus / c'est moins". La calculatrice choisit un nombre en 1 et 100 (il y avait une fonction
aléatoire), et on doit le trouver. On entre une proposition et la machine indique si le nombre à trouver est supérieur ou inférieur au nombre proposé. Un tel programme prenait quelques 30 pas. Pour
indiquer un nombre inférieur, j'affichais "0". Pour indiquer un nombre supérieur, j"affichait "1". Ce jeu -vraiment nul-, j'y ai joué des heures durant. C'était mon premier vrai programme et il
fonctionnait très bien. Peu importe l'intérêt du jeu, le principal était d'avoir un programme qui tourne bien.
J'étais un élève assez moyen, et la programmation m'apportait un moyen de passer les cours rapidement. En Francais, Histoire géo, Philo, je n'écoutais pas. Je programmais. J'avais trouvé une
passion.
Le "plus/moins" ne fut évidemment pas le seul jeu que je programmais. Le Master Mind était à la mode à cette époque (en jeu carton). Je me lançais dans la programmation d'un master mind sur ma
TI57. Au début, avec deux chiffres seulement. Facile. Puis dans la réalisation d'un Master Mind à trois chiffres. Cela semble simple dit comme cela, mais faire un Master mind à trois chiffres sur
49 pas de programme est réellement complexe. Il faut optimiser un maximum, réduire le nombre de labels, de pas de programmes. Après de nombreux cours de math et de philo, mon Master Mind
fonctionnait parfaitement.
Sur la TI57, il était impossible de sauver un programme. Donc à chaque fois que je voulais rejouer à mon programme, je devais rentrer de nouveau les 49 pas de programme. Cela ne me semblait pas si
pénible à l'époque.
J'avais donc une TI57. Notre classe était divisée en deux factions rivales : les TI et les HP. TI, pour Texas Instrument. HP pour Hewlett Packard. Les HP étaient, il faut le dire, plus évoluées que
les TI. Notamment la HP41c que quelques heureux (et riches car elle était très chère à l'époque) personnes de ma classe possédaient. Le prof de math n'avait d'yeux que pour les possesseur de HP.
Tous les prétextes étaient bons pour justifier cette machine. J'étais assez jaloux. Mais je pensais à mon Master Mind en 49 pas, une chose que les HPistes n'auraient jamais pu faire.
Cette TI57 m'a suivi pendant quelques années. J'ai arrêté de la programmer à la fin de ma Terminale. En farfouillant dans mes caisses de bricoles en 2004, je l'ai retrouvée. Un petit pincement au
coeur, j'ai remis une pile dans la machine. Tapé quelques chiffres, suis allé en mode programmation. Elle marchait encore.
A l'époque je ne réalisait pas combien la programmation me plaisait. Jusqu'à ce que j'achètes un véritable ordinateur...