Superboard II

Publié le par Francois Lionet

La TI57 fut un moyen de programmer qui m'a satisfait pendant plus d'un an. Mais après cette période, j'avais envie d'aller plus loin.
Mon frère et moi, achetions des magazines d'électronique (lui et moi réalisions des montages régulièrement). Et dans ces magazines se trouvait la publicité pour le Superboard II d'Ohio Scientific.
Il faut se remettre à cette époque, en 1980. Il n'existait que très peu d'ordinateurs dignes de ce nom. Les seuls disponibles en France étaient des kits qui ne faisaient pas grand chose. Comme le kit Zenith qui proposait 8 diodes lumineuses que l'on pouvait activer ou désactiver par programme.
Le Superboard II était réellement autre chose. Il s'agissait du premier ordinateur monobloc : tout l'ordinateur était contenu sur une carte de circuit imprimé. Tout l'ordinateur, de l'interface vidéo au clavier, en passant par la sauvegarde sur cassette. En plus le prix était assez abordable, 2500 Francs.
J'ai donc mis de côté tout l'argent que je pouvais récupérer (cela incluait le nettoyage contre salaire des vitres de la maison, le passage d'aspirateur, la tonte de la haie du jardin etc.). Au bout d'un temps certain, j'ai enfin pu commander ma machine auprès du distributeur Francais (une petite société créée pour l'occasion, dont la durée de vie n'a pas excédé la durée de vie de la machine).
La machine tant attendue arrive. Je la déballe. Une belle carte de circuit imprimé, avec le processeur (un 6502), les mémoires, la sortie vidéo etc. Monobloc. Il fallait encore réaliser l'alimentation 12 volts. Faire une alimentation électronique était pour moi un jeu d'enfant, j'en avait réalisé un grand nombre dans mes années de bricolage. Donc un simple transfo 220/12V, un pont de diodes redresseur, et un régulateur 12 volt (un circuit qui fait tout le boulot).
Après un jour, mon ordi etait prêt. Je récupère une vieille TV stockée dans le grenier. Mise en route ... et
Déception. L'image est toute tordue! Le haut de l'image est parfait, mais le bas suit une courbe descendante. Je lis et relis la doc, et je trouve un paragraphe indiquant que "l'affichage peut varier d'un moniteur à l'autre". Mais bon, je pouvais voir toutes les lettres de l'écran, un peu déformées il est vrai.
L'affichage faisait 32x32 lettres. A l'époque cela me semblait beaucoup, et très confortable. Pourriez vous imaginer travailler sur une environement 32x32, avec une image déformée maintenant?
Les messages affichés lors du boot (la mise en route) de l'ordinateur étaient succins.

Superboard II
Microsoft basic V1.0
OK

Et un curseur qui clignote. Qui attend vos commandes.
Je tape "salut". Je recois "Syntax error". Il faut donc lire la doc.
Cette doc était livrée sous la forme de pages (mal) photocopiées par l'importateur de la machine. En Anglais évidemment. Après plusieurs heures de lecture, et de relecture, j'avais un peu compris le principe du Basic. La doc indiquait comment faire un "Hello world" avec le langage :

10 Print "Hello world"

Et oui, ce basic était avec numéros de ligne. Donc toute ligne entrée commençant par un chiffre était stockée dans la mémoire du programme. Pour voir le programme, il fallait taper "list", (sans numéro de ligne ce qui signifiait une commande immédiate). Pour lancer le programmer, un simple "run" suffisait.
Le langage BASIC de cette machine était vraiment primitif. Créé par Microsoft cependant. A l'époque, Microsoft était encore une petite société, avec moins de cent employés. J'aime à penser que ce BASIC que j'ai utilisé pendant plusieurs années, était proche du BASIC original de Bill Gates, qu'il a créé lorsqu'il était encore étudiant dans une université aux alentours de San Francisco.
Le BASIC de cette machine était il faut le dire, très bien conçu. Toutes les instructions de base étaient présente, et l'on pouvait afficher ce que l'on voulait à la position désirée dans le programme. On pouvait également, avec force "poke" modifier la police de caractère. Pour les non initiés, "¨poke" signifie "forcer". Un "poke" en BASIC demandait une adresse dans la mémoire de l'ordinatuer, et une valeur (de 0 à 255). En utilisant le "poke", on modifiait directement une adresse mémoire de la machine. Il était donc possible de changer l'aspect de la police de caractères en faisant des "pokes"' aux bonnes adresses.
Mon premier programme fut, comme pour la TI57, un jeu de "c'est plus c'est moins". En quelques dizaines de lignes de basic. Il fonctionnait parfaitement. Puis je passais à plus compliqué. Dans les salles d'arcade à cette époque, vous trouviez un jeu avec des voitures tournant en sens inverse, dans un labyrinthe. La voiture adverse laisse des pastilles, et vous devez, en sens inverse, récupérer ces pastilles, tout en évitant la collision avec la voiture ennemie. Un jeu parfait pour une adaptation en BASIC.
Je me lance donc dans la programmation de ce qui devait être mon premier vrai programme. La fonte du Superboard était très bien conçue, avec de nombreux caractères destinés aux jeux. Pour mon programme, j'utilisais les voitures de course, qui étaient disponibles dans les quatre directions. Quelques boucles bien conçues, et la voiture de l'ordinateur se baladait dans le labyrinthe. Quelques tests de touches (haut bas gauche droite) et la voiture du joueur explorait l'écran.
En une semaine j'avais un jeu qui fonctionnait. Utilisable et sympa.
Un tel jeu devait être sauvegardé. La sauvegarde du Superboard II se faisait sur une cassette. Sur un simple lecteur/enregistreur de cassette comme on en trouvait à cette époque. Branché sur la carte de l'ordinateur. Pour sauvegarder votre logiciel, il a fallait tout d'abord mettre en route la cassette en enregistrement, puis taper la commande "Save". La sauvegarde se faisait à la vitesse faramineuse de 300 bits par secondes, c'est a dire 40octets par seconde. Il faut comparer cette vitesse a celle de l'Internet actuel, 10 ou 20 millions de bits par seconde!
Pour recharger le programme, il fallait taper "load", et mettre la cassette en route. En espérant que cela marche. Car cela ne marchait pas toujours! La cassette pouvait être mal engagée dans le lecteur. Le niveau de volume du lecteur pouvait ne pas correspondre au volume souhaité par l'ordinateur. Ou l'ordinateur était mal luné. Certaines fois, cela ne marchait pas du tout, même en essayant plusieurs fois.
Mais a la fin, on arrivait toujours à sauver et charger son jeu.
Cet ordinateur, ce Superboard allait me suivre pendant plusieurs années.

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Piot 26/08/2011 13:40


Ouahhh...
Quelqu'un qui, comme moi-même, fut fan de Superboard II !
J'ai, à l'époque, suivi à peu près le même parcours et votre article a ravivé des souvenirs...
Sauf que, moi, je suis allé l'acheter à Londres dans un magasin qui ne ressemblait pas à grand chose...
A l'époque j'ai désassemblé le contenu des ROMs et j'ai beaucoup échangé avec des utilisateurs américains, en particulier Earl Morris et un prêtre dont je ne me souviens plus le nom...
J'ai d'ailleurs écrit plusieurs articles dans la revue MICRO 6502... par exemple, dans ce n°
http://www.classiccmp.org/cini/pdf/MICRO/MICRO_Vol38-07_81.pdf
Puis je suis passé par la case Oric pour lequel j'ai écrit "Des programmes pour votre Oric" publié chez Cedic-Nathan...
J'ai créé un conservatoire de vieux ordinateurs et j'aimerais bien communiquer avec vous sur le sujet...
Bien à vous.