JAWX

Publié le par Francois Lionet

Dans le bureau de Dialog Informatique, se trouvait un escalier en colimaçon allant à la cave. Dans cette cave se trouvait le premier véritable serveur Minitel de France. Cette cave contenait le 3615 code SM. Jean Luc me disait que ce code correspondait au "Serveur Médical" du minitel. J'étais vraiment naïf a cette époque, et je prenais cela pour argent comptant. Ce n'est que plusieurs années plus tard que je réalisais que SM ne signifiat pas Serveur Médical, mais plutôt Sado-Maso. Ce serveur Minitel eut un très grand succès : il fut l'un des premier a permettre le "chat" entre les connectés.
Je descendais dans la cave, pour voir un grand nombre d'ordinateur "Goupils", des PC compatible d'origine francaise en vogue à cette époque. Sur une étagère se trouvait une rangée de modems assurant la connection avec les gens utilisant leurs minitels. J'étais impressionné par toutes ces lumières qui clignotaient.
Le "Serveur Médical" fut un grand succès. Son propriétaire ouvrit ensuite plusieurs serveurs Minitel de sexe et de rencontre, et devint millionnaire.

Revenons à JAWX. Un nom. Un mystere. Jean Luc ne faisait que m'en parler sans m'en révéler le contenu. La seule chose que je connnaissait était l'adresse : 1, cité de Paradis.

 

La date du rendez-vous avec JAWX était arrivée. Je prenais le TGV un peu anxieux, ne sachant pas ce que j'allais découvrir. Train, métro. J'arrivais cité Paradis. La cité Paradis était un ensemble d'immeubles situés dans le quartier des cristailliers a Paris. La rue de Paradis était pleine de magasins de cristaux, et de porcelaine.
Je montais les escaliers. Un panneau JAWX avec un requin (allusion à JAWS, les dents de la mer) se trouvait au dessus un panneau TERRA CONSEILS. Je sonnais.
La porte s'ouvre, et je fais connaissance avec Jacques Fleurance et Frédéric Pinlet, les deux membres fondateurs de JAWX. J'étais, il faut le dire impressionné. Leur bureau se trouvait dans une petite pièce. Deux bureau un pour Jacques, un pour Frédéric.
Jacques me souhaitait la bienvenue, Frédéric également. Très sympas, il me font m'assoir en attendant Jean Luc (qui j'allais l'apprendre plus tard était en toujours en retard).
Jean Luc arrivait enfin. La réunion pouvait enfin commencer.
Il me présentaient JAWX. Le premier groupe Francais de création de jeux vidéo.
Le but de ce groupe était de créer des jeux vidéo Français originaux.

 

Jacques et Frédéric me présentent leur première idée : "Katuvu".

Katuvu était un jeu de mémoire créé par une personalité de l'époque, Jack Randolf. Le principe du jeu était de mémoriser une suite de figures pour ensuite les reproduire dans l'ordre. Un jeu somme toutes assez simple, mais de bonne facture et assez novateur. Jacques et Frédéric me donnaient quelques documents décrivant le jeu et les premiers niveaux, et je rentrais à Lyon.

Ce jeu devait être programmé sur un nouvel ordinateur, le Commodore 64. Je me rendais donc à la Fnac et achetais mon premier ordinateur Commodore. Le CBM64 était assez cher, environ 3500F (500 euros), ce qui pour moi semblait beaucoup (il va sans dire que JAWX ne participait pas a cet achat). La raison de ce prix élevé était l'adaptation à la norme de télévision française, le SECAM. L'importateur devait intégrer à la machine un converstisseur de format.

Je découvrais donc une nouvelle machine. Le CBM64 offrait un langage basic de bonne facture, comprenant deux instructions phare, indispensables à la programmation, PEEK et POKE. Ces deux instructions permettaient de lire le contenu d'une adresse mémoire (PEEK) et d'écrire des chiffres dans une adresse mémoire (POKE).

Le CBM64 était une machine très puissante. Cependant, pour accéder à la puissance graphique de la machine, vous deviez utiliser force POKE, et mettre les valeurs machine directement dans les registres des processeurs graphiques. Le langage Basic n'offrait aucune instruction graphique dédiée.

Je me rendais de nouveau à la FNAC pour acheter un livre sur la programmation du CBM64.

En lisant ce livre, je me sentais pousser des ailes. L'ordinateur proposait des SPRITES. Objets graphiques survolant l'image de fond. Chaque sprite était indépendant, vous pouviez en choisir les graphiques (une image de 32x32 pixels en quatre couleurs). Vous pouviez choisir leur position à l'écran. Tout ceci en pokant bien sur à des adresses situées aux numéros 46000 et quelques.

Le son sur le CBM64 n'était pas en reste. 3 voix de musique, et une voix de bruit.

 

Je commençais donc la programmation de mon premier jeu sur Commodore, Katuvu...

 

Commenter cet article

David+Scrève 11/05/2009 11:23

Ca avait l'air vraiment facile à l'époque...j'adore tes chroniques, c'est un plaisir de les lire.

Gemineo 05/05/2009 22:50

Hum, un millionnaire grâce au minitel rose ? Je ne sais pas s'il y en a beaucoup eu mais j'en connais un qui continue d'agiter le paysage du haut-débit français... Ce pourrait-il qu'il s'agisse du même homme ?
Cela dit l'époque devait être passionnante pour qui maîtrisait les rouages des réseaux de l'époque: un infini de possibilités ! Comme dans le domaine "ludique" que tu dépeins, tout était à imaginer et à créer !
J'aurais vraiment adoré avoir 20ans à l'époque mais j'étais encore trop jeune. Je n'étais que spectateur passif des années 80, pas acteur malheureusement. J'avais la chance d'avoir un grand frère qui achetait de temps en temps des revues spécialisées en informatique (comme on n'en fait plus aujourd'hui), j'adorais recopier les listings, mais je ne comprenais pas grand chose au langage machine. Autant dire qu'à 8 ans, les POKE et les PEEK du BASIC de mon Thomson me laissaient un peu perplexe. Je n'avais pas grande notion des "organes" internes d'un ordinateur...

Merci François pour ces anecdotes toujours très intéressantes. Au plaisir de lire la suite.